Le Taux de Prévalence du SIDA au Sénégal

À ce jour, le Sénégal a réussi à maîtriser l’épidémie du VIH/SIDA, grâce en partie à un engagement politique à très haut niveau pour la lutte contre le VIH. Dans le dernier rapport de l’Enquête démographique et sanitaire 2005, le Sénégal annonce un taux de prévalence du VIH de 0,7 % chez les adultes, soit l’un des plus faibles taux d’infection en Afrique subsaharienne. Fin 2003, le nombre de Sénégalais vivant avec le VIH/SIDA était estimé à 83 430 personnes. La prévalence mesurée chez le groupe sentinelle des femmes enceintes est maintenue à 1,5%. (République du Sénégal. Projet Mulrisectoriel de Lutte contre le VIH/SIDA: Mission de Revue à Mi-Parcours, Octobre 2005. Aide Memoire Final 8 December, 2005.) Parmi les travailleuses du sexe, la prévalence est restée au même niveau élevé que les années précédentes (21% à Dakar et 30% dans Ziguinchor) pour la fin une décennie (Gomes et autres, 2005). (UNAIDS AIDS epidemic update: December 2005 Sub-Saharan Africa)

Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette faible prévalence du VIH/SIDA au sein de la population : normes culturelles conservatrices en matière de sexualité, sécurisation de l’approvisionnement en sang pour la transfusion, recensement et visites médicales régulières pour les travailleurs du sexe, promotion de l’utilisation du préservatif, soutien actif de la part des dignitaires religieux et locaux face à l’épidémie, vaste réseau de projets initiés par les collectivités ou des organisations non gouvernementales (ONG).

Cependant, on peut noter avec l’épidémie VIH/SIDA des facteurs de vulnérabilité favorisant la propagation de l’épidémie, notamment ceux liés à la pauvreté, à la prostitution, à l’analphabétisme (La population du Sénégal est en grande partie analphabète : le taux d’analphabétisme touche 56,1% des femmes et 28,5% des hommes (DPS , 2000)), aux conflits et à la mobilité des personnes. Il existe toujours des faits socio-économiques qui affaiblissent le contrôle social de la sexualité. Ainsi la pauvreté et l’urbanisation ont favorisé le recul de l’âge du mariage chez les jeunes filles et une plus grande sexualité prénuptiale. (“Plan Strategique 2002-2006 de Lutte contre le SIDA au Senegal”)

Il existe des disparités régionales notoires au niveau de la prévalence du VIH dans la population générale (environ 3% à Ziguinchor et Kolda) et une féminisation accrue de l’épidémie avec des taux deux fois plus élevés chez les femmes que chez les hommes. Enfin, les taux élevés chez les travailleuses du sexe (20 à 22%), les tuberculeux (15%), et les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (21%) démontrent que le Sénégal vit une épidémie de type concentrée, ce qui doit inciter à la constance dans la lutte contre le VIH/SIDA et au ciblage des activités sur les groupes les plus vulnérables. (République du Sénégal. Projet Mulrisectoriel de Lutte contre le VIH/SIDA: Mission de Revue à Mi-Parcours, Octobre 2005. Aide Memoire Final 8 December, 2005.)

La Réponse Nationale de Lutte Contre le SIDA au Sénégal

La création d’un Conseil National de Lutte contre le SIDA multisectoriel, placé sous l’autorité du Premier ministre, démontre clairement que le Gouvernement du Sénégal a fait de l’épidémie du VIH/SIDA une priorité et qu’il a privilégié une approche multisectorielle. Elle traduit également une nouvelle option politique gouvernementale qui favorise une approche communautaire décentralisée impliquant à la fois les mouvements associatifs, les ONG et le secteur privé. Près de 50 % des ressources du projet sont destinées aux structures régionales, départementales et communautaires.

Afin de mettre en œuvre cette approche, le projet est favorable à des réformes institutionnelles clé visant à faciliter l’exécution d’un programme multisectoriel de lutte contre le VIH/SIDA mis en œuvre par les bénéficiaires. Parmi ces réformes figurent la mise en place et les activités du SEN, des comités régionaux et départementaux ainsi que des cellules des ministères de tutelle consacrées à la lutte contre le VIH/SIDA. Une autre réforme majeure consiste à déléguer à des sociétés privées les opérations de gestion financière et d’approvisionnement et à confier certaines tâches de suivi et d’évaluation à des institutions spécialisées. (République du Sénégal. Projet Mulrisectoriel de Lutte contre le VIH/SIDA: Mission de Revue à Mi-Parcours, Octobre 2005. Aide Memoire Final 8 December, 2005.)

Le Projet MAP au Sénégal

Le but général du projet est d’aider le gouvernement à : i) prévenir la propagation du VIH/SIDA en réduisant la transmission dans les groupes à haut risque ; ii) élargir l’accès aux traitements, aux soins et apporter une assistance aux personnes infectées par le VIH au Sénégal dans le cadre d’une opération pilote de traitement antirétroviral en Afrique subsaharienne ; iii) soutenir les initiatives de la société civile et des communautés, dans le domaine de la prévention et du traitement du VIH/SIDA.

Le projet appuie l’exécution du Plan Stratégique National de Lutte contre le SIDA (PNLS) formulé par le Sénégal pour la période 2002-2006. Les objectifs spécifiques du plan sont de : (i) maintenir la prévalence des infections par le VIH en dessous de 3 % d’ici à 2006 ; (ii) réduire l’impact sanitaire et socio-économique du VIH/SIDA au niveau des individus, des ménages et des communautés ; (iii) créer un environnement propice à l’exécution du plan en favorisant un partenariat plus solide et plus étroit entre le secteur privé et le secteur public.

Des résultats à ce jour

Il y a une progression positive des résultats de certains indicateurs de performance qui seront probablement atteints d’ici septembre 2007 : (i) 8 régions sur 11 disposent de 12 centres pour le conseil, dépistage volontaire (CDV) et 76 sites pour les services de dépistage volontaire (SDV) sont fonctionnels dans les 11 Régions ; ce qui a permis de tester 59667 personnes entre 2003 et 2005 (contre 7195 en 2002) ; (ii) 91% des régions disposent de sites pour la prévention de la transmission mère enfant (PTME) et 20371 femmes ont bénéficié du test VIH dans le cadre de la PTME entre 2003 et 2005 sur les 58044 ciblées dans le rapport d’évaluation du projet ; (iii) 85% des hôpitaux et 48% des centres de santé offrent des services de prise en charge médicale et psychosociale aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH), avec 3622 malades qui sont actuellement traités par les ARV. (République du Sénégal. Projet Mulrisectoriel de Lutte contre le VIH/SIDA: Mission de Revue à Mi-Parcours, Octobre 2005. Aide Memoire Final 8 December, 2005.)

Le secteur privé

Le secteur agricole contribue un cinquième du PIB et regroupe 75% de la population active. L'industrie de la pêche marine est le principal exportateur, suivi des arachides et des phosphates. Le tourisme est également un acquéreur important de devises étrangères. (UNECA country profile)

Le secteur privé sénégalais inclut les secteurs formel et informel, les fédérations des employeurs, les syndicats, les sociétés nationales, les établissements privés et les associations professionnelles. Plusieurs grandes associations regroupent le secteur privé par taille. Le Conseil National du Patronat (CNP), considéré comme principal représentant du secteur privé avec qui le gouvernement collabore regroupe les multinationales, les grandes compagnies nationales, (définies comme entreprises avec plus de 100 employés ou ayant un capital de 500 millions de CFA ). Les fédérations telles que le Mouvement des Entreprises du Sénégal (MEDES) et le Conseil National des Entreprises de Sénégal (CNES) regroupent les petites et moyennes entreprises (définies comme entreprises avec 20 - 100 employés et moins de 500 millions de CFA dans le revenu annuel) légalement reconnue. Le secteur informel, un secteur dominé par des micro-entreprises à environ 10 employés actifs, est représenté par l’Union Nationale des Commerçants et des Industriels (UNACOI). Le secteur privé est la source principale de création et d’accumulation de la richesse au Sénégal et représente 90% du PNB (dont 80% vient du secteur informel). Cependant, en raison d'une de concurrence très élevée, il y très peu de dialogue entre ces différents groupes.

La Stratégie Nationale 2002-2006 de la lutte contre le VIH/SIDA an Sénégal: Mise en oeuvre du plan intégré VIH/Sida dans le milieu travail (“Plan Strategique 2002-2006 de Lutte contre le SIDA au Senegal”):

  • Intégration du volet IST/SIDA dans les plans de développement des secteurs du travail
  • Définition d’un cadre juridique sur le SIDA en milieu du travail
  • Mobilisation des travailleurs des secteurs formel et informel dans la prévention du SIDA (IEC/CCC/ICC)

Au niveau du secteur privé, le Conseil National du Patronat (CNP) a mis en œuvre des activités de plaidoyer et de sensibilisation pour la lutte contre le VIH/SIDA dans 65 entreprises. Un cadre de concertation des intervenants du secteur privé a aussi été mis en place pour renforcer le partenariat entre le SEN et les entreprises du secteur privé, avec comme pivot, la Caisse de Sécurité Sociale qui a la capacité de mobiliser les 12000 entreprises du secteur formel et informel pour l’intégration de la lutte contre le VIH/SIDA dans leur politique de protection sociale des employé(e)s. D’autres acteurs du secteur privé vont aussi être encouragés à intégrer la lutte contre le SIDA et à développer un partenariat avec le SEN qui mettra à leur disposition un manuel spécifique au secteur privé qui servira de base à l’élaboration et la sélection de leurs sous - projets. (République du Sénégal. Projet Mulrisectoriel de Lutte contre le VIH/SIDA: Mission de Revue à Mi-Parcours, Octobre 2005. Aide Memoire Final 8 December, 2005.)

Bien qu'une étude accentuant certains des secteurs à haut risque au Sénégal (“Rapport relative aux interventions du secteur privé dans la Lutte Contre le SIDA”) ait été entreprise, il y a très peu de recherche qui ait été présentée pour pouvoir créer un argument solide pour que le secteur privé joigne le combat contre le VIH/SIDA au niveau national. L'étude conclut que les industries de la pêche, du tourisme, et du transport devraient être visées étant donné qu'elles présentent les plus gros risques, et donc présentent une solide base pour la création d'une stratégie nationale pour le secteur privé.

Objectifs de mission:

L'objectif de cette mission du secteur privé dans la lutte contre le VIH/SIDA était de commencer un dialogue avec le CNLS (Comité National de Lutte contre le SIDA), les membres du secteur privé, les donneurs et O.N.G.S, sur les meilleurs moyens d’accroître le rôle du secteur privé surtout par rapport au programme nationale du Sénégal. La majeur partie des discussions ont porté sur une évaluation de la composante du secteur privé du projet MAP au sein du CNLS ; sur une vue d’ensemble de l’implication du secteur privé dans la stratégie nationale de lutte contre le VIH/SIDA, le développement de mécanismes de bases au niveau de CNLS pour un meilleur engagement du secteur privé (manuel d’opérations pour le secteur privé, outils de suivi et évaluation) ; le rôle que peut jouer le secteur privé au niveau de la stratégie nationale de lutte contre le VIH/SIDA ; et le rôle du CNLS dans la coordination de la stratégie nationale.

Plus précisément, la mission se focalisa sur:

  • Les présentes initiatives du secteur privé adressant le VIH/SIDA, et l’aide financière fourni par les donneurs et ONGs;
  • Le statut de la composante secteur privé du projet MAP au niveau du CNLS;
  • L'information sur le cadre juridique courant concernant la responsabilité sociale de l'employeur et la discrimination (et un possible législation);
  • Les mécanismes pour accroître l'engagement du secteur privé, y compris les formulaires de demande, les critères d'acceptabilité, les dépenses autorisées, le processus de revue, et le Suivi & Evaluation (M&E) ;
  • Les stratégies pour augmentation de la participation du secteur privé dans la réponse nationale au VIH/SIDA ; et
  • Le développement d'un plan d'action 2006 pour le secteur privé pour permettre le développement efficace d'une stratégie d’implication pour celui-ci par le CNLS.

De plus, il a été demandé à la mission de:

  • Revoir le « Rapport relatif aux interventions du secteur privé dans la lutte contre le SIDA » une étude sur la réponse du secteur privé concernant le VIH/SIDA au Sénégal menée par Maty Ndiaye Sy, un consultant du CNLS, ainsi que le manuel d’opération du secteur privé, et de faire des recommandations pouvant faire avancer le développement d’une stratégie nationale pour le secteur privé dans la lutte contre le SIDA ; et
  • Revoir la présente stratégie de communication du CNLS et faire des suggestions pour le plan de communications pour le secteur privé.

Résultats:

La réponse du secteur privé dans la lutte contre le VIH/SIDA

  • La réponse de secteur privé dans la lutte contre le VIH/SIDA au Sénégal est disparate et non coordonnée. Les acteurs principaux du secteur privé adressant le VIH/SIDA en milieu de travail sont les sociétés multinationales et un nombre restreint de compagnies nationales, y compris la Société Des Eaux du Sénégal (SDE), et la Compagnie Sucrière du Sénégal (CSS). Cependant ces mesures sont prises par les compagnies à un niveau individuel, et il ne semble pas avoir de motivation à s’engager dans le contexte de la réponse nationale.
  • La mission conclut qu’il n’existe pas de coalition d’entreprises représentant tout les acteurs du secteur privé dans la lutte contre le VIH/SIDA au Sénégal. SIDA Entreprises a réuni plusieurs de ses membres intéressés au développement d’une coalition d'entreprise, toutefois cette initiative est à ses débuts. Le CNP a établi un comité interne VIH/SIDA pour développer et mettre en application un programme tourné vers ses membres, principalement les multinationales et grandes sociétés nationales. Cependant, les petites et moyennes entreprises, le secteur informel et les autres associations professionnelles ne sont pas représentés au sein du CNP et, et il n’y a donc jusqu'ici aucune stratégie pour les mobiliser.
  • Bien que le taux de prévalence national soit bas (0.7%), le taux du VIH/SIDA par région et par industrie varie considérablement. La mission recommande d'approcher le secteur privé selon le taux de vulnérabilité par industrie. La mission a noté un manque de recherche important et par conséquent, un manque de connaissance concernant les industries les plus vulnérables qui devraient être visées dans la stratégie nationale du Sénégal.
  • La mission et le CNLS ont discuté du développement 1) d'un groupe consultatif du secteur privé, consistant en cinq à sept acteurs motivés du secteur privé qui assisteraient le CNLS dans la rédaction d’une stratégie pour secteur privé qui serait par la suite inclu dans la stratégie nationale 2007 - 2011 ; 2) d’un plan de communication à court et à long terme qui permettrait de mieux engager et coordonner le secteur privé dans la lutte contre le VIH/SIDA ; et 3) une coalition d'entreprises qui représenterait mieux et de façon plus diverse le secteur privé dans le développement et l'exécution des activités et agirait en tant qu'intermédiaire entre le secteur privé et le secteur public (CNLS y compris) à plaidoyer pour les besoins et intérêts du secteur privé au niveau national.

Le Processus de demande et de financement pour les projets MAP

  • Actuellement, il y a un point focal au CNLS chargé de la société civile et du secteur privé, et un panier de fonds pour les deux secteurs. Bien que n'importe quelle entité du secteur privé légalement reconnue, et existant depuis au moins deux ans, et employant au moins dix personnes, soit éligible pour recevoir un financement, la majeure partie des projets financés par le MAP sont des projets de la société civile. Ceci dit, le CNLS a était réceptif à l'idée de séparer les deux secteurs dans la stratégie nationale de lutte contre le VIH/SIDA 2007-2011.
  • Le CNLS sollicite des projets en utilisant un processus d’appels d’offres. La première partie du processus a été tenue en 2004 et le projet a été financé en 2005. Une commission nationale est chargée de passer en revue et d’approuver les soumissions de projet et une société financière indépendante est chargée du déboursement des fonds. Pour le premier groupe d’appels d’offres, la soumission, la revue et les processus de financement étaient identiques pour le secteur privé et la société civile.
  • Il était difficile d'évaluer le processus de financement du MAP car jusqu’à présent seul un projet concernant le secteur privé a été financé dans le premier groupe d’appels d’offres (2005 - 2004). (Cependant, plusieurs projets soumis par des organismes représentant le secteur privé ont été financés sous la société civile). Le seul projet du secteur privé soumis et par conséquent financé par le MAP était un projet soumis par le CNP en collaboration avec le BIT. Le projet du CNP se focalisait sur la sensibilisation et la formation des directeurs et points focaux, au sein de 65 sociétés membres, concernant le VIH/SIDA en milieu de travail.
  • Le CNLS projette de lancer le deuxième et final groupe d’appels offres pour la société civile et le secteur public en avril 2006. Selon les indications du MAP, le second groupe d’appels d’offres pour le secteur privé ne se fera que des mécanismes de procédures sont mis en place pour la composante secteur privé du MAP (comprenant le manuel pour le secteur privé, le formulaire de soumission, les critères d’éligibilité, et les indicateurs de suivi et évaluation). La mission du CCA, en coordination avec CNLS, a passé en revue un draft du manuel du secteur privé et a fait des suggestions sur le manuel en général et sur les critères de soumission spécifiques au secteur privé. (La mission a suggéré d’utiliser le manuel du secteur privé développé par la République Démocratique du Congo en tant que modèle.) Le manuel sénégalais doit être passé en revue et approuvé par le CNLS, l’AGF et la Banque Mondiale avant qu'il puisse être mis en application.
  • La mission a également développé un plan d'action, et une stratégie de communication pour aider le CNLS dans son plaidoyer au pré du secteur privé.

Stratégie de Communication

  • Actuellement, le plan de communications du CNLS est sous forme de draft et il n'y a aucune stratégie d’approche pour le secteur privé.
  • La mission a accentué l'importance d'une stratégie de communications dans le court et long terme et a fait des recommandations pour le développement d'une telle stratégie.

Prochaines étapes:

Une mission de suivi.

 

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